Jean-François : une ténacité à toute épreuve

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À 70 ans passés, Jean-François est plus que jamais engagé dans la vie associative. Le bénévolat commence pour lui après une carrière en informatique dans la construction d’infrastructures télécoms au cours de laquelle il a été directeur de projets, avant de prendre sa préretraite dès 56 ans : « Une chance, dit-il, car j’ai pu rejoindre très tôt diverses associations, souvent comme trésorier ».

Et puis, un jour par hasard, il croise le chemin de Blandine. « Dans la rue de Vaugirard, elle posait son vélo, je garais le mien, on a discuté, elle m’a parlé de Tandem. J’ai pris six mois de réflexion avant de me décider ; ça ne me paraissait pas aussi évident que ça de m’engager dans cette aventure ». D’abord, « juste pour voir », il participe à un pique-nique où il a un bon contact avec les participants. Mais ce qui l’a vraiment attiré dans l’association, c’est « une motivation plus intello, avoue-t-il, il me semblait que l’immigration était dans notre société un sujet important, qu’on connaissait mal, seulement à travers les médias. En accompagnant des réfugiés, on pouvait peut-être prendre la mesure de ce que la France fait pour eux. »

L’accompagnement, une relation à plusieurs étages

Finalement, il entre dans l’association en septembre 2021, comme accompagnateur. « Je n’ai pas voulu faire autre chose, confie-t-il, c’est bien d’aborder une association par le travail de base. Honnêtement, j’en avais un peu peur, c’est à chaque fois un saut vers l’inconnu, mais cet état passe assez vite après qu’on a fait connaissance. »

En trois années pleines, Jean-François a mené cinq accompagnements, la plupart avec de jeunes hommes entre vingt et trente ans, de provenances et avec des problématiques diverses, et depuis peu, avec une famille de cinq personnes. Au départ, les questions à régler sont d’ordre administratif : demande de logement, recherche de travail, de formation, impliquent beaucoup de démarches, de dossiers à monter, de papiers à remplir. Après cela, il reste à construire autre chose, à essayer d’établir une relation de confiance. « Ça n’aboutit pas toujours, reconnaît-il. Mais avec trois des jeunes accompagnés sur les quatre, nous sommes allés plus loin : l’apprentissage de la vie quotidienne en France, par exemple, comment mettre la table (pas évident quand on vient d’un pays où l’on mange assis par terre), l’égalité entre les femmes et les hommes…Ils écoutent, en général, ils sont assez perméables à cela. Les liens sont beaucoup plus durables quand on réussit à combler le besoin de lien social. » Et quand on lui demande si ce lien a quelque chose de paternel, il réagit tout de suite. « Paternel, certes non, mais ils savent qu’ils peuvent m’appeler quand ils veulent. »

Derniers arrivés à Tandem en décembre 2024, une famille originaire du Kivu, qui a fui cette région du Congo ensanglantée par un conflit armé depuis deux décennies. Les parents et leurs trois enfants en bas âge sont dans une situation très difficile, à la recherche d’un logement. Considérés aujourd’hui comme vivant dans la rue, ils sont abrités pour quelque temps par un compatriote dans une seule petite pièce. Ou bien ils sont logés par le 115 pour une semaine[1]. Et sans logement, il est très difficile de trouver du travail. Face à cette situation, l’accompagnateur se sent assez impuissant.

Un accompagnateur bien accompagné

Heureusement, on n’est jamais seul à Tandem pour faire face aux cas les plus délicats.

Toutes les semaines, Jean-François partage son expérience avec un groupe de sept ou huit autres accompagnateurs. « On a tous la parole, et on partage la situation que l’on vit avec nos accompagnés, se réjouit Jean-François. Ces échanges nous permettent de faire de l’autoapprentissage entre nous. »

Autre recours, la travailleuse sociale qui intervient pour Tandem une journée par semaine, et avec qui Jean-François a suivi une formation sur le logement. « Elle a des accès privilégiés à différents organismes, dont le 115. Quand elle nous reçoit une heure avec nos accompagnés, elle s’emploie à débloquer des situations un peu compliquées. C’est quelqu‘un qui nous apporte beaucoup. »

Quand on lui demande quelles sont les qualités d’un bon accompagnateur, Jean-François affirme : « Il faut de l’écoute, pour bien comprendre la personne que l’on a en face de soi, la situation qu’il traverse…De l’empathie, bien sûr, et l’envie de l’aider…Il faut aussi de la patience ; quelquefois les démarches nous paraissent simples, mais pour eux, il n’en va pas de même, ce n’est pas le bon moment ou ils ne sont pas forcément pressés, il faut beaucoup de patience. De l’écoute et de la patience. »

Marie-Claude


[1] – Numéro d’urgence sociale, le 115 est gratuit et ouvert 24h/24, 7j/7.