Du pays des neiges à la rue Sainte-Marthe

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Nous avions conté le parcours de Tsepoten et Lala dans une précédente lettre de Tandem[1]. Lala avait dû fuir le Tibet en 2012 en raison de persécutions politiques. Son parcours l’avait menée d’Amdo Ngawa, préfecture autonome du Tibet, à Paris, en passant par le Népal, puis l’Inde.

À Paris, en 2016, après avoir obtenu de l’OFPRA son statut de réfugiée, elle avait rencontré Tsepoten, tibétain comme elle, et avait rejoint Tandem Refugiés par qui Tsepoten était accompagné. Aidés par Tandem et forts de leurs énergies combinées, ils avaient rapidement travaillé dans la restauration, en salle pour Lala, en cuisine pour Tsepoten. Leur fils Simon est né en 2017, suivi de sa petite sœur Sophie en 2020.

Lala s’est assez rapidement familiarisée avec la langue française, mais Tsepoten, mobilisé en cuisine, sans beaucoup d’opportunités de parler le français, ne progressait pas suffisamment. En 2023, il décide de prendre le taureau par les cornes et de suspendre temporairement son activité de cuisinier pour prendre des cours de français. Cette formation (4 heures par jour pendant 3 mois) l’a beaucoup aidé. Lala, pendant ce temps, « faisait bouillir la marmite », en travaillant comme serveuse dans un restaurant chinois.

Mais Tsepoten rêvait d’ouvrir son propre restaurant. En juin 2024, ils commencent à visiter des emplacements, puis le projet se précise. Après une dizaine de visites, et conseillés par un oncle cuisinier qui vit en France, ils trouvent enfin ce qu’ils cherchent : un petit restaurant tenu par un tibétain dans le 10e arrondissement.

En août 2024, Tsepoten et Lala se marient. En septembre, la décision d’achat est prise.

Janvier 2025, le rêve devient réalité. Tsepoten, 38 ans, et Lala, 33 ans, sont aujourd’hui les heureux propriétaires du restaurant Tsering Kitchen[2]. Tsepoten est en cuisine ; il a retravaillé la carte antérieure en y apportant sa touche personnelle. Lala est en salle, et tous les deux gèrent les approvisionnements alimentaires et les comptes !

Une photo du Dalaï Lama trône au-dessus du bar. « C’est un dieu pour nous, il nous porte chance et nous protège », dit Lala.

La carte propose des plats comme les traditionnels momos, raviolis cuits à la vapeur et farcis de viande ou légumes, servis avec une sauce piquante, mais Tsepoten adapte aussi les sauces selon son inspiration, comme la délicieuse sauce crème-champignons dégustée le jour de notre passage.

On trouve également le thenthuck, spécialité tibétaine de soupe aux nouilles, et les excellents tsampa, petits gateaux sablés inimitables à la farine d’orge.

On y boit du thé au yuzu et du thé salé au beurre, typiquement tibétain.

Lala et Tsepoten participent ponctuellement à des événements comme le nouvel an tibétain, une autre façon de faire découvrir leur cuisine.

Tsering signifie « longue vie » en tibétain. Allez vite découvrir Tsering Kitchen ! De notre côté, nous souhaitons longue vie à cette belle aventure !

Pascale


[1] – Lettre du 9 avril 2019

[2] – Tsering Kitchen est situé au 3 rue Sainte-Marthe, Paris 10e, et est ouvert tous les jours de 12h à 15h et de 18h à 22h30.