Bashir, un enfant afghan au travail

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Bashir est né il y a 27 ans à Kaboul dans une famille de huit enfants. Il raconte : « Mon père est couturier, je n’ai pas joué pendant l’enfance. J’ai toujours cousu des boutons et des fermetures éclair à l’atelier. C’était travail le matin et école l’après-midi, jusqu’à mes 17 ans ». Ils vivaient au cœur de la ville, confrontés chaque jour à des attentats à la ceinture explosive. Bashir fuit en 2015, à 17 ans. Son exil le mène par tous les moyens : bateau, camion, train en Iran, en Turquie où il devient commis de cuisine, et en Grèce. Arrivé seul à Paris en 2019, ne parlant pas français, il fait les démarches pour obtenir la protection grâce aux traducteurs de l’OFPRA[i].

Priorité à l’apprentissage du français

Bashir vit pendant trois ans dans un foyer à Clichy. Mais début 2022, il doit partir et se retrouve parfois à la rue. Ayant trouvé une colocation, il prend le plus de cours de français possible au SFM (Solidarité-Formation-Médiation) de Clichy : « En plus, je suivais des enseignants sur YouTube. J’aime creuser pour comprendre précisément le sens des mots, des expressions ».

En parallèle, il est agent d’accueil à la Préfecture de Nanterre.

Il se forme ensuite à la plomberie sur le Campus des métiers à Bobigny. Sa recherche d’un contrat d’alternance est compliquée car il est plus âgé que les autres demandeurs, ce qui implique un salaire plus élevé. En 2022, il trouve une entreprise et un début de stabilité financière.

Un ami le guide vers Tandem Réfugiés. Bashir rencontre Marie-Astrid, Rose, puis Laura, la travailleuse sociale qui lui trouve un logement. Bénédicte l’accompagne pour rédiger son CV, lui présente un coach en maths-physique et l’aide pour de nombreuses démarches.

Des formations pour progresser

Le métier de plombier est dur physiquement : le matériel est lourd et les positions contraignantes. Bashir n’est pas une « montagne de muscles » ; il explique : « Grâce à ce travail, j’ai acquis de bonnes bases. Après mon CAP, j’ai pu accéder à la formation de technicien de maintenance chauffage-ventilation-climatisation, moins physique ». Depuis octobre 2024, il alterne semaine de cours et semaine chez Dalkia à la Défense : « Lors d’une soirée des Cycles de l’immobilier[ii], partenaire de Tandem, j’ai rencontré Séverine, dont le frère travaille chez Dalkia. Elle lui a donné mon CV, et ma candidature a été retenue ». Actuellement, Bashir travaille à la maintenance des systèmes de climatisation de l’hôpital Sainte-Anne.

Préparé pour l’avenir grâce à Tandem Réfugiés

Bashir a été accompagné pendant deux ans, durée habituelle du suivi des personnes réfugiées. Il exprime sa gratitude : « L’association nous oriente vers une vie sérieuse et meilleure, une vie bien installée. Je veux devenir encore plus autonome. J’aime les cafés et pique-niques organisés par Tandem, j’y ai noué de belles relations avec des bénévoles et des réfugiés. C’est l’occasion de comprendre le fonctionnement de la société française, par exemple, que c’est normal de serrer la main, de rester à côté d’une femme. Dans la vie de tous les jours, c’est parfois difficile de savoir ce qu’on peut faire, ce qu’on ne doit pas faire. On ne l’apprend pas forcément, car tout le monde n’est pas comme les bénévoles de Tandem ! »

Bashir commence à réunir les documents pour préparer sa demande de nationalité française, et a entrepris des démarches pour faire venir sa femme afghane.

La curiosité comme moteur

Notre entretien sincère m’incite à poser des questions moins générales. Sa vision de l’Afghanistan ? Bashir dit que l’aide internationale est détournée par les talibans. Seuls parviennent les dons envoyés par les afghans réfugiés à leurs proches : « Il y aura forcément un retournement de situation ; c’est toujours comme ça ».

Nos pas nous mènent à Saint-Germain-des-Prés. A sa demande, nous entrons dans l’église : « Je suis musulman, mais la religion n’a pas une grande importance dans ma vie ». Bashir se montre curieux, et nous trouvons dans les fresques des épisodes bibliques communs au Coran, comme ceux avec Abraham, Jonas ou Marie.

Comme nous chuchotons, je remarque ses oreilles en chou-fleur. A Kaboul, Bashir pratiquait la lutte libre, sport qui permet toutes les prises. Depuis 2020, il entraîne des jeunes : « Les enfants sont contents, la lutte permet de développer la coordination, la souplesse, le contrôle de soi. Au club, les lutteurs viennent d’Ukraine, de Russie, d’Arménie ou d’Afghanistan. La passion du sport nous réunit autour de valeurs humanistes ».

Nul doute que la motivation et les passions de Bashir lui permettront de continuer à avancer à grands pas.

Témoignage recueilli par Anne-Marie


[i] – Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides

[ii]https://www.tandem-refugies.org/2024/10/04/les-cycles-de-limmobilier-courent-pour-tandem/